Cela peut paraître de circonstance à quelques jours de la rentrée des classes, mais en fait, je ne me
souviens plus par quel vagabondage de ma pensée, je me suis récemment prise à
me souvenir de quelques profs qui ont marqué ma jeunesse, et je me suis dit que
j'aimerais beaucoup les revoir aujourd'hui, qu'à l'époque, je n'ai pas su
apprécier comme il le fallait leur "talent", que c'est maintenant que
j'aimerais pouvoir me rattraper en discussions à bâtons rompus avec eux.
Oui,
ces profs, je les ai admirés, ils m'ont apporté énormément et c'est sans doute
grâce à leur enseignement et à leur personnalité que j'ai pu, entre autre,
forger ma personnalité, ma culture, ma maturité, mais c'est maintenant et avec le recul, que j'aurais aimé pouvoir approfondir leurs enseignements. Leur
souvenir m'évoque celui de ma tante écrivain avec laquelle il est
malheureusement trop tard pour échanger... C'est idiot, quand on est jeune, on
ne se rend pas forcément compte de la chance que l'on a de pouvoir côtoyer
certaines personnes, on est insouciant, on ne saisit pas l'importance de
certaines rencontres, et c'est des années plus tard que l'on regrette de n'avoir
pas su faire de ces rencontres des moments plus privilégiés. Ces profs à la
pédagogie originale, à l'approche des jeunes intelligente, à la grande culture,
et au grand désir de transmettre cette culture furent au nombre de 4. J'ai bien
entendu eu d'autres profs sympas tout au long de mes jeunes années de lycéenne,
mais ces 4-là ont eu un impact particulier sur moi. Je vous les présente !
Tout
d'abord, ma prof d'économie de terminale : Nathalie U. Elle était jeune, je
crois même qu'elle démarrait sa carrière d'enseignante, cela lui donnait un
capital sympathie au-dessus de la moyenne ! Elle était en effet plutôt cool,
très souriante mais savait rester ferme et connaissait bien, enseignait bien sa
matière. D'ailleurs, elle m'a fait aimer l'économie ! J'ai à son sujet une
petite anecdote rigolote : c'était quelques années après mon bac, 3 ou 4 ans
peut-être ? Je marchais dans la rue et je croise une jeune femme. Nous nous
reconnaissons, on se fait donc la bise, salut ça va ? ça va et toi ? Ben oui
tout va bien... "Qu'est-ce que tu deviens ?" qu'elle me demande, et
moi : blablablablabla, et pendant mon blablablablabla, je n'avais qu'une pensée
en tête : "mince alors, je la connais, mais qui c'est ? Une ancienne
copine ?" Scrogneugneu, impossible de remettre un nom, un lieu, une
situation, n'importe quoi, sur ce visage ! En plus, elle me faisait parler mais
ne me laissait pas lui poser de questions ! Tout à coup elle me propose d'aller
prendre un thé chez elle, c'est à un pâté de maison, on papotera. J'y vais,
petit appart de célibataire très cool, elle nous sert un vrai thé à la menthe,
à la marocaine, sur des poufs à même le sol. Déco orientale, chicha dans un
coin de la pièce, elle s'allume une clope, un pote à elle arrive, il rentre de
voyage, on discute vacances et puis je dois y aller en fait, car ce petit
intermède n'était pas prévu dans mon emploi du temps journalier bien qu'il soit
fort sympathique ! Je sors de chez elle, je marche, je marche, et tout à coup
je me frappe le front : "punaise, je viens de papoter comme avec une
vieille copine avec ma prof d'éco de term !!!". J'étais à la fois
catastrophée de ne pas m'en être aperçue, de ne pas l'avoir reconnue et de ne
pas avoir pu lui dire franchement que je ne "la remettais pas" ! A ma
décharge, elle avait beaucoup changé physiquement mais cela n'excuse pas mon
comportement !
Mon prof de philo de terminale : Joël V. J'étais persuadée que
j'allais aimer la philo, il ne pouvait en être autrement ! Je n'ai pas été
déçue du voyage avec ce professeur vraiment atypique. Déjà, il faut savoir que
j'étais en terminale G. Oui oui, une terminale technique, donc a priori à cent
mille lieues des matières "nobles". Des lycéens de terminale G ne
pouvaient être qu'une bande de clampins qui étaient arrivés là car aucune
terminale A, B, D ou autre S n'avait voulu d'eux. Il avait donc coutume de nous
appeler "bande de G". Au début je trouvais cela un peu méprisant.
Finalement, venant de lui, cela avait un petit côté affectueux, surtout quand
il s'est rendu compte que cette bande de G n'était pas si béniouioui qu'il le
pensait ! J'ai passé une fabuleuse année et doit même avouer avoir cartonné,
m'offrant le luxe d'une très belle moyenne en philo qui m'a valu les
félicitations de Monsieur V. et même un petit cadeau : une petite chouette en
coquillage car la chouette est le symbole de la philosophie. Kitch, mais
touchant !
Ma prof de français : Corinne A. Je crois que c'était également en seconde, l'année du bac de français. Quelle chouette année de lycée ! Madame A. était une prof de
français très très cool et qui avait un don pour vous faire aimer tous les
écrivains et vous faire apprivoiser la dissertation, le résumé et autre
commentaire de texte ! Je me souviens que nous passions de longs moments avec
elle à discuter des choses de la vie, à entrer dans des débats passionnants où
chacun pouvait s'exprimer librement. C'était grisant d'avoir une prof qui
permettait à de jeunes fougueux avides de vie de discuter de tout !
Ma prof
d'Espagnol : Colette P. Le summum ! une prof complètement habitée par
son amour de la culture hispanique. Les cours avec elle n'étaient pas des cours
ordinaires : sa pédagogie mêlait musique, expositions, art, poèmes, ce qui
était relativement rare à l'époque où l'enseignement était vraiment
traditionnel. Aujourd'hui, on trouve cela normal, mais pas de mon temps ! Plus
que l'espagnol en lui-même, c'était tout ce qu'elle mettait autour que j'aimais
: Rigoberta Menchu, Pablo Neruda, Gabriel Garcia Marquez... Je me souviens
comment elle sortait précautionneusement ses disques 33 tours de leur pochette
pour le poser délicatement sur le tourne-disque et nous faire écouter de la
musique péruvienne. Je me souviens aussi que beaucoup d'élèves se moquaient
d'elle et que cela me hérissait car je trouvais ce manque de respect déplacé,
mais elle, elle s'en fichait, elle était dans son monde. Je sais ce que sont
devenus les professeurs dont je vous ai précédemment parlé, mais d'elle, je ne
sais rien, je ne retrouve aucune trace et pourtant, c'est surtout elle que
j'aimerais pouvoir revoir, car c'est un peu elle qui m'a ouverte aux autres cultures
et qui m'a donné une ouverture au monde.
Merci Colette, Corinne, Nathalie et
Joël. Je pense souvent à vous, vos enseignements m'ont aidée à devenir adulte
et me servent encore aujourd'hui...
Le hall de mon lycée à Saint-Malo. Il a été complètement rénové et j'ai un petit pincement, une petite nostalgie par rapport à l'ancienne "déco" qui était beaucoup plus "couleur locale" de mon temps !